janvier 25, 2004 0

A l’école du DJ – Le Matin

By in Vr-school

Le Matin

Le dj, autodidacte, utilisant des techniques transmises par le bouche-à-oreille, fera peut-être bientôt partie du passé. Après les livres ou les DVD consacrés à l’art du mix, voici désormais que des écoles enseignent les secrets des artisans du vinyle.

Des stages de dj, apparus depuis quelques années en Angleterre, en France et en Allemagne, peuvent depuis peu être suivis en Suisse romande. VR School, à Lausanne, propose ce genre de formation. Que la motivation soit l’amour de la musique ou, bien moins noble, la fascination pour les salaires de star, dj est une carrière qui attire de plus en plus.

« les élèves ont entre 15 et 35 ans, cela va des débutants complets aux dj plus confirmés qui veulent se perfectionner », explique Raphaël Parisod, directeur de l’école lausannoise.

La formation complète (trente heures!) va de l’historique de la musique électronique aux techniques de contretemps, en passant par la maîtrise des effets d’une table de mixage.

Fabien, dj depuis six ans, a choisi un cours plus spécialisé, huit heures consacrées au scratching. C’est la technique la plus utilisée en hip-hop, on l’obtient en passant rapidement des séquences de disque à l’endroit et à l’envers (à déconseiller sur la stéréo de vos grands-parents, ça risque des les énerver). Les cours se déroulent dans les locaux flambant neufs du magasin spécialisé VR records.

« ça s’apprend au kilomètre! »

L’élève et les instruments, deux platines pour vinyles et une table de mixage, attendent patiemment l’arrivée du professeur. Fabien explique ses motivations: « ces cours me donnent les bases, mais il faut toujours répéter, ça s’apprend au kilomètre! » L’enseignant, dj Ghetto Po, arrive enfin, un énorme casque audio vissé sur les oreilles et un sourire aux lèvre, il s’excuse pour son « petit » retard. L’ambiance est cool, bon enfant, on imaginerait difficilement autre chose.

Le cours commence. Un disque de rythmiques est joué sur la platine de gauche et un autre, diffusant des effets, est placé sur celle de droite. Une main sur la table de mix, l’autre sur le vinyle, le professeur montre avec aisance et décontraction une technique spéciale de scratching, appelée le flare. L’élève se lance… avec moins de succès et de vitesse. « Essaie de faire ton flare en décontractant le poignet! Plus t’es crispé, plus le son est carré. Si t’es souple, le son est plus rond. » De répétition en répétition, les résultats commencent à venir. Fabien n’est toujours pas satisfait. « Il sort bien, mais j’ai de la peine sur le retour. » L’enseignant éclate de rire: « Il faut que tu répètes encore, tu peux pas imaginer combien de temps j’ai peiné dessus pour le sortir… Essaie de te caler sur la basse ou sur la caisse claire, ou chez toi avec un petit métronome. »

Eh oui, l’art du mix s’apprend. Au même titre que le solfège ou la batterie. Il ne suffit pas simplement d’enchaîner des disques.

L’engouement pour ce genre d’école est prometteur. « On a commencé à la fin de 2003 et déjà donné une douzaine de formations », s’enthousiasme le jeune directeur, Raphaël Parisod.

Les clubs, vont-ils bientôt exiger un diplôme de leur dj? On n’en est pas encore là. « Il y a des écoles où tu sors avec un diplôme, mais j’y crois pas trop. On verra si ça va s’institutionnaliser, j’en doute un peu. Les écoles sont plutôt là comme des aides », estime dj Ghetto Po.

Texte: Didier Bonvin
Le Matin – dimanche 25.1.2004
Article au format pdf

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